Val Pratsũn Divilosus, le Palais des Dieux.

Un lieu qu'Il a conçu et bâti de la première et la dernière pierre...

Un lieu pour lequel Il avait tout sacrifié...

Un lieu qui le remercia en prenant la plus terrible des décisions.

– Vratsum Tal Boakim, au nom du Conseil des Dieux, moi, Hiposũns, te condamne à l'exil éternel. Tu n'auras plus droit d'aller et venir dans ce palais et restera pour les mille ans à venir assigné à la planète Z0078C. Si tu as une quelconque objection, présente-la maintenant ou tais-la à jamais.

L'interpellé était autant connu pour ses hauts faits que pour son apparence pour le moins étrange. Serpent à la peau dorée et aux yeux noirs habités d'une vive étincelle rouge, il disposait de pouvoirs inimaginables et avait créé la race des dieux. Ce jour-là, il rampait pitoyablement au pied des gradins de marbre blanc. Du haut d'un promontoire savamment sculpté en lierres et en vignes, le fusillaient du regard les plus puissants de ses pairs ; d'authentiques dieux. La plupart adoptait la forme humaine, très pratique pour gérer l'administration de leur immense palais, mais les plus vaniteux se pavanaient en lions blancs à la fabuleuse crinière.

Personne n'aurait deviné en découvrant le faste des lieux que tout ce petit monde était en période de crise. La guerre retentissait aux quatre coins de la galaxie, les dieux tombaient comme des mouches, et c'est ainsi que treize d'entre eux – ni plus, ni moins – assistèrent au procès du fameux Vratsum Tal Boakim. Les gradins, s'ils resplendissaient, demeuraient complètement vides.

– C'est bien simple : je ne pouvais me résoudre à mourir... de nouveau. Ce n'est pas un crime d'essayer de rester en vie.

Telles furent les paroles que prononça le serpent mythique, de sa voix lente, glaciale. Une femme, aux cheveux bruns encadrant un visage courroucé, lança un ananas sur l'accusé, en pleine tête ! Les rires fusèrent dans toute la salle, et bientôt d'autres fruits suivirent, criblant le pauvre serpent qui tituba, du jus dégoulinant le long de son corps.

– Il suffit ! rugit la première lanceuse, et aussitôt, les jets de nourriture cessèrent. Tu as construit un empire de vingt-cinq planètes, répandu ton peuple à travers toute la galaxie... et quand Lienmaul s'est présenté devant les tiens et a menacé de les exterminer, tu l'as tout simplement laissé faire ? Tu étais l'ennemi de Lienmaul, toi, eux n'avaient rien à faire dans vos conflits ! s'emporta-t-elle. Tout ton peuple y est passé parce que... tu avais peur de ta propre mort ?

Le serpent, encore barbouillé de jus, tira sa langue rouge, fourchue.

– Vous m'avez nommé Dieu du Mal, n'est-ce pas ? Je suis égoïste. Jamais je ne me sacrifierais pour sauver qui que ce soit. Même s'il s'agissait de ma femme, je ne remuerais pas le bout de la queue.

Les bavardages explosèrent. Les treize dieux présents firent plus de bruit que tout un champ de foire !

Le dénommé Hiposũns, le plus grand et le plus fort de tous les dieux, un humain à la barbe et à la coiffure très élégantes, se leva de son siège.

– SILENCE ! La sentence prend effet immédiatement. Vous pouvez partir... mais sans faire de bruit !

Un éclair blanc s'abattit sur le serpent. La plupart des dieux ne se firent pas prier ; ils quittèrent la salle, incapables d'assister au spectacle. L'intense lumière brilla de longues minutes puis s'éteignit. Les multiples gradins, les mythiques fontaines, les colonnes finement ciselées restèrent seuls.

Vratsum Tal Boakim avait quitté les lieux... définitivement. Il filait à toute vitesse vers Z0078C, la planète qui un jour deviendra Terra Peluchea.